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L’institut Panos Afrique de l’ouest, en partenariat avec le CESTI a organisé le 1er juillet 2009 à l’Université de Dakar une conférence sur le traitement de l’information religieuse au Sénégal. Cette rencontre a regroupé plusieurs professionnels des médias qui ont profité de l’occasion pour échanger sur les réalités de l’exercice de la presse confessionnelle au Sénégal.
« Les journalistes ne sont pas isolés dans leur société », a d’emblée souligné Eugénie R. Aw, directrice du Centre d’Etudes des Sciences et Technique de l’Information (CESTI). Elle a ajouté qu’ils sont issus d’une culture, d’une religion. En prélude à la discussion, un micro-trottoir portant sur la couverture des événements religieux par les médias au Sénégal a été diffusé. Même si quelques rares des personnes interrogées ont noté un traitement équitable de l’information religieuse, d’aucuns -la plupart d’ailleurs- n’ont pas manqué d’évoquer le parti pris manifeste des chaines de radiodiffusion sénégalaises dans la couverture des événements religieux.
Elles ont dénoncé le fait que les événements religieux musulmans soient beaucoup plus couverts et médiatisés. « Les cérémonies religieuses musulmanes sont privilégiées par rapport à celles des autres religions », a déclaré un participant. Ceci serait peut-être dû à la proportion de la population musulmane, ont estimé certains, sachant que la population musulmane est majoritaire. Un autre point soulevé par les personnes interrogées est le problème de l’objectivité dans le traitement de l’information religieuse lié parfois à la sensibilité, d’où le manque d’objectivité noté. Elles ont aussi estimé que, souvent, les journalistes sont trop attachés à leur religion, ce qui constitue une brèche vers la subjectivité.
Conduisant le débat, Mame Less Camara, journaliste et enseignant au CESTI, a qualifié la thématique « Les médias sénégalais, et leurs journalistes, face à la religion », d’une très vieille histoire. « C’est la radiodiffusion [radio et télé] qui fait le proxénétisme d’une religion spécifique », a déclaré Alymana Bathily, l’un des conférenciers et par ailleurs auteur du livre Médias et Religions. Il a jugé que « la presse écrite confessionnelle n’a pas une influence déterminante ». « Nous sommes dans un contexte où la religion s’affirme et où les groupes s’identifient de plus en plus à leur religion », a-t-il soutenu. Selon lui, c’est ce qui pose les problèmes et les défis de la radiodiffusion religieuse, à savoir l’accès aux ondes, l’équilibre par rapport aux différentes religions et le niveau de formation technique et d’expérience professionnelle. Quant à Bamba Ndiaye, directeur de la radio Océan Fm basée à Dakar, il a emboité le pas pour soulever cinq points problématiques du traitement de l’information religieuse. Le premier est l’équilibre et l’équité entre les différentes religions et les différentes "sectes" et confréries au sein des religions, particulièrement l’Islam et le Christianisme. Il a déclaré dans ce sens qu’il y a souvent un déséquilibre entre ces deux religions. Le deuxième point est la complexité du « jargon religieux » qui peut poser un problème d’incompréhension, d’où la nécessité d’avoir des journalistes spécialisés pour le déchiffrer. Le troisième point est la formation des animateurs religieux. « Dans les radios, il y a un desk religieux avec des animateurs sans formation, a-t-il argué. Ils ne sont pas initiés au journalisme et leur information est souvent décousue », a-t-il poursuivi. Toujours selon lui, ces derniers se croient être dans les radios pour véhiculer les discours de leur tendance, ce qui peut constituer une déviation. Le quatrième point est le risque de se retrouver avec une centaine de radios confessionnelles car, constate-t-il : « Toutes les confréries demandent maintenant l’attribution d’une fréquence ». Rejoignant Ibrahima Benjamin Diagne, Directeur de la radio Disso Fm établie à Mbacké, dans la région de Diourbel (au centre du Sénégal). En effet, ce dernier estime que « toutes les confréries ont maintenant des sites internet ». Le dernier et cinquième point est la place du religieux dans le jeu démocratique. Il arrive que la démocratie soit faussée. Et pour appuyer ses propos, il a pris comme exemple la nomination du Président du Conseil Rural (PCR) de Touba, dans la région de Diourbel. Ce dernier a été nommé au lieu d’être élu et les journalistes, tout comme les politiques, ont tu cette affaire.
Mame Less Camara a abondé dans le même sens en stipulant qu’il y a : « Une sorte de terrorisme rampant provenant des chefs religieux et qui est un frein à la liberté d’informer ». Ce qui pousse le journaliste à s’autocensurer doublement, d’abord parce qu’il évite de se faire massacrer, ensuite parce qu’il est porteur de croyances et évite de traiter certains points sensibles de l’information religieuse. D’où sa peur de parler de certaines choses qui vont à l’encontre de ses convictions spirituelles. « Opter pour le juste milieu, s’abstenir de toute propagande, et ne pas faire de la religion un fonds de commerce », tels ont été les conseils d’Ibrahima Benjamin Ndiaye à l’endroit de ses confrères. Il a aussi déclaré qu’en faisant allusion à la liberté de culte, certaines radios confessionnelles font de la propagande religieuse, et il n’y a que la Constitution qui peut aider à parer à cela. « Si on prend la Constitution comme référence, on peut régler ces problèmes. On peut avoir des médias confessionnels, mais pas de ceux qui diffusent des propos qui font mal, comme la radio Mille Collines par exemple. Il y a souvent une connivence entre les journalistes et les marabouts », a-t-il dit. Il termine en disant que la presse sénégalaise est marquée par des logiques de propagande, avec l’affirmation des identités religieuses qui devient une réalité. « Ces médias sont certes importants mais, se doivent de respecter un certain nombre de normes, à savoir la loi, l’éthique, et la déontologie », a-t-il conclu.
Auteur : Aicha Senghor
Source : Dakar Bondy Blog
Date de publication : 14 juillet 2009
Mis à jour le 14 juillet 2009 - Rédigé par Jean-Louis Bassène
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